Exsto | arts plastiques

Quand tu passes 1000 heures à créer une pièce qui sera exposée seulement une petite semaine, tu peux légitimement te demander comment lui donner un second souffle. C’est ce qu’on appelle du recyclage artistique.

À ce moment-là, j’étais dans ma phase « art sacré ». Le travail de James Turrell sur la lumière me parlait particulièrement. Je lisais sur la sculpture baroque. Je suis même allée à Rome, voir en vrai l’Extase de Sainte-Thérèse de Le Bernin (#fangirl).

J’ai donc ressorti mon copain le gisant et l’ai cette fois drapé d’un gigantesque tissu. La captation vidéo est un ralenti de lip synching de la chanson Don’t stop me now de Queen (« I feel alive and the world I’ll turn it inside out, yeah – And floating around in ecstasy »).

Au milieu du Complexe Desjardins, les spectateurs pouvaient entrer un à un dans une petite alcôve et se « recueillir » devant la pièce.

C’était sharp.

Anecdote bonus: je m’étais cassé le pied quelques jours plus tôt. Le soir de la première, à force de rester debout avec mon plâtre et mes béquilles, mon pied a tellement enflé qu’il est devenu violet. La souffrance de l’artiste, je suppose…

 

 

 

 

 

EXSTO
Résine et projection vidéo | 2011

Présenté au festival Art Souterrain.

Attention, les plus téméraires sont invités à lire la démarche artistique de l’œuvre:

Exsto, sculpture vidéo immersive, invite à l’expérience de contemplation à travers une référence à la sculpture baroque, lorsque l’art religieux faisait le pont entre mystique et beauté.

Extase (du latin ex-=en dehors, et sto, stas, stare, se tenir: être en dehors de soi-même) est un état assez rare où l’individu, tout en étant conscient et capable de mémorisation, n’a plus aucune perception de lui-même, tout entier absorbé par un ailleurs (autre, image, fantasme, divinité, etc.).

Alors que l’héritage kantien nous pousse à juger du « beau » d’une œuvre par l’intellect, Exsto propose un pas en arrière vers une pensée néo-platonicienne de l’esthétique: le beau comme irradiant de l’œuvre. Ici, la lumière du corps invite à se plonger dans un état de contemplation, alors que l’instant de disparition ou d’extase ramène à la matérialité de la sculpture. Si l’intellect veut lire les codes de l’art religieux (sculpture baroque) comme un propos sur la sacralisation de l’œuvre d’art exposée, les sens, eux, nous plongent dans l’expérience premièrement sensorielle de l’œuvre, là où l’art fait le pont entre mystique et beauté.